15 juillet 2008
CALIGRAMME (3)
25 juin 2008
CALIGRAMME (2)
19 juin 2008
SANS COMMENTAIRE ...
Au cours d'un voyage pédagogique pour latinistes à Rome, Jérémie a photographié ça :
On ne rajoutera rien.
14 juin 2008
LE LABYRINTHE DE PAN
Merci à Miko Baka pour la photo.
Et pour ceux qui ne connaîtraient pas le film, cliquez sur l'image.
16 mai 2008
CHÔMAGE TECHNIQUE
Désolé pour cette interruption momentanée de l'image, mais mon accès à internet est en rade ...
23 avril 2008
CALIGRAMME (1)
21 avril 2008
DAKTARI A UN NOUVEAU LOCATAIRE
Notre squateur "Poilouze" n'aura pas laissé son abri de fortune vide très longtemps ! Un nouveau squatteur qu'on a appelé "Chaussettes" (regardez ses pattes) a pris sa place.
R2 a tenté de l'amadouer, mais ça n'a pas marché très fort ...
09 avril 2008
SPIDER HAMSTER
Spider Hamster, Spider Hamster
Il n'aime pas avancer par terre
Spider Hamster Spider Hamster
Il préfère s'envoyer en l'air (air connu)
26 mars 2008
CHEYENNE
J'ai adoré ce livre de Didier VAN CAUWELAERT et ai également eu envie de vous faire partager une analyse d'un extrait de ce texte.
(Cliquez sur l'image)
LA SCENE DE PREMIERE RENCONTRE
- Bonjour, petit, a commencé l'aiguilleur du sol avec un sourire niais.
J'ai levé le menton aussitôt pour le couper dans son élan :
- Je suis en deuil.
Toujours anticiper le pire, afin de donner aux catastrophes probables ce sentiment de déjà-vu qui provisoirement les désamorce. C'est une superstition qui m'a accompagné toute ma vie. Peut-être ma seule forme d'optimisme. L'agent de comptoir m'a demandé pardon, rouge d'embarras. Il a déchiré de travers le coupon de ma carte d'embarquement, sans insister, et m'a désigné les trois autres kangourous qui trottinaient déjà autour de l'hôtesse.
- C'est là-bas.
- Merci, monsieur, ai-je répondu avec une conscience si aiguë de mon courage et de ma dignité que j'en ai eu les larmes aux yeux.
Et si, de cet employé un instant déboussolé dans sa routine, j'ai conservé en mémoire la voix intacte, c'est qu'il a alors crié :
- Cheyenne !
Et l'hôtesse s'est retournée. Je me suis arrêté. J'ai tout oublié des uniformes d'Air France cette année-là, mais le soutien-gorge, sous le bouton défait, était bleu lavande. Une émotion inconnue, qui sans doute devait plus, en amont, à la peur panique de perdre mon père qu'à la découverte érotique du moment, me gardait cloué sur place. Elle a jeté un regard par-dessus son épaule, pour vérifier que sa collègue réceptionnait bien les trois kangourous précédents devant la porte vitrée donnant sur la piste, et elle s'est approchée de moi. Son odeur - que je mettrais des années à chercher vainement, de parfumeries en rayons cosmétiques -, son odeur de vanille chaude et de sucre glace, avec une pointe d'orange, a effacé le décor. Pour en donner une idée précise - parce que sinon, pour qui la découvrait, Cheyenne était blonde et les yeux bleus, comme n'importe quelle hôtesse dans les rêves de tout le monde -, l'odeur qui s'en rapproche le plus est celle du Fard Vernier « vernis-colle ». Petites bouteilles de liqueur brune entêtante servant à fixer les postiches, elles expliquent en partie pourquoi j'ai passé plus tard mon adolescence dans une troupe de théâtre, à jouer tous les barbus du répertoire. Mais pour l'heure, j'étais immobile, les doigts crispés sur la poignée de mon attaché-case, prisonnier d'un parfum inconnu qui se penchait vers moi.
- C'est la première fois que vous prenez l'avion ?
Ce vouvoiement était une merveille : je me sentais un homme, avec ce bouton défait qui laissait voir le soutien-gorge. A l'époque, j'étais déjà très porté sur les seins, et je surveillais avec impatience le peu de progrès des filles du chauffeur-livreur, qui restaient désespérément plates, de jeudi en jeudi, au fond de la serre désaffectée.
- C'est la première fois que vous prenez l'avion ? A-t-elle répété avec un air compréhensif.
J'ai répondu malgré moi :
- Oui.
Et c'était faux. Mais tous les événements importants de ma vie ont toujours été accompagnés de mensonges instinctifs, autre signe de superstition. Pendant les quelques minutes où nous avons traversé la piste jusqu'à l'échelle de la Caravelle, j'ai fait semblant d'avoir peur de l'avion, et je me sentais miraculeusement allégé de tout le reste. Un mistral terrible nous balayait de poussière mêlée d'embruns et l'hôtesse tenait de sa main droite l'espèce de beurrier bleu enfoncé sur son crâne. Un grand élan de tendresse me décoiffait près d'elle, parce qu'elle était aussi ridicule que moi, avec ma pochette kangourou qui claquait au vent derrière mon cou.
Didier VAN CAUWELAERT (1960 – ...)
Cheyenne (Editions Magnard - 1993)
Pages 23 à 26 ; lignes 317 à 379
UN PLAN D'ANALYSE POSSIBLE ...
1 - Ce qu'ils sont
1.1 - Le narrateur-personnage est un petit garçon passager d'un avion. Il a des préoccupations d'enfant : il pense à son père gravement malade ("Je suis en deuil" ; "la peur panique de perdre mon père") ; il idéalise l'hôtesse (contrairement aux "rêves de tout le monde", Cheyenne, pour lui, est inimitable puisqu'il aura du mal à retrouver son parfum : "Son odeur - que je mettrais des années à chercher vainement, de parfumeries en rayons cosmétiques" et que son "vouvoiement était une merveille") ; il repense aux filles du chauffeur-livreur.
1.2 - Cheyenne est une hôtesse de l'air adulte qui est chargée de s'occuper de lui avec d'autres enfants. Elle a des obligations d'adulte. Au lieu d'être fascinée par lui comme il l'est par elle, elle se préoccupe de son travail ("Elle a jeté un regard par-dessus son épaule, pour vérifier que sa collègue réceptionnait bien les trois kangourous précédents") et s'inquiète pour lui comme elle le ferait pour n'importe quel passager enfant ("- C'est la première fois que vous prenez l'avion ?"). Lorsqu'elle l'accompagne sur la piste, elle est surtout préoccupée encore une fois par son métier puisque "l'hôtesse tenait de sa main droite l'espèce de beurrier bleu enfoncé sur son crâne" = elle ne veut pas perdre son uniforme.
2 - Où ils sont
2.1 - Le narrateur-personnage est avec l'employé qui vérifie les cartes. Il faut que le narrateur-personnage franchisse une distance, passe cet employé pour rejoindre l'hôtesse ("m'a désigné les trois autres kangourous qui trottinaient déjà autour de l'hôtesse. - C'est là-bas"). De plus, même lorsque Cheyenne se rapproche, le narrateur-personnage garde cette distance ("Je me suis arrêté" ; "j'étais immobile, les doigts crispés sur la poignée de mon attaché-case"). Enfin, lorsqu'ils marchent ensemble sur la piste, ils sont encore séparés. Elle ne lui tient pas la main, mais son couvre-chef tandis que lui, nous l'avons vu, tient son attaché case. Ils sont encore séparés par ce qui les représente socialement : le chapeau, symbole de sa profession ; l'attaché case, symbole de l'univers de l'enfant prodige puisqu'il contient le manuscrit.
2.2 - Cheyenne est avec les autres enfants. Lorsque l'employé l'appelle, elle est avec d'autres enfants et une collègue. Elle doit se déplacer pour venir : "Elle a jeté un regard par-dessus son épaule, pour vérifier que sa collègue réceptionnait bien les trois kangourous précédents devant la porte vitrée donnant sur la piste, et elle s'est approchée de moi " Et même lorsqu'elle quitte les enfants qu'elle conduisait, c'est pour transformer cette distance physique en distance professionnelle puisqu'elle reste avec un enfant qu'elle va tenter de rassurer : "- C'est la première fois que vous prenez l'avion ?". Et cette distance professionnelle est accentuée par ce parfum qui retient le narrateur-personnage : "prisonnier d'un parfum inconnu qui se penchait vers moi." Parfum qui, par ailleurs, représente bien cette distance permanente qui va exister entre les deux personnages puisqu'il est constitué d'éléments antagonistes, le chaud et le froid : "odeur de vanille chaude et de sucre glace" ; le doux et l'acide "sucre glace, avec une pointe d'orange".
3 - Un paradoxe : ce qui les sépare va les rapprocher
3.1 - Une scène de première rencontre. Dans le roman, ce passage est présenté comme la première renconte entre Cheyenne et le narrateur. En outre, on retrouve dans cette scène tous les invariants propres à la première rencontre :
- la distance franchie par les yeux. Cheyenne est loin (l'employé crie pour l'appeler) et lorsqu'elle se retourne, la description faite par le narrateur-personnage "arrêté" est uniquement visuelle.
- La distance franchie physiquement. Cheyenne se rapproche du narrateur-personnage ("elle s'est approchée de moi")
- La prise de parole ("- C'est la première fois que vous prenez l'avion ?")
- L'un des deux seulement (apparemment) tombe amoureux : le narrateur-personnage, qui idéalise le personnage et évoque des détails érotiques (le soutien-gorge).
3.2 -Deux acteurs. Le narrateur-personnage se présente incontestablement comme un acteur, puisqu'il joue le rôle d'un enfant en deuil "avec une conscience si aiguë de mon courage et de ma dignité que j'en ai eu les larmes aux yeux" et qu'en plus, lorsqu'il cherche à retrouver le parfum de Cheyenne, il ne le retrouvera que dans un accessoire d'acteur qui permet de se déguiser : le "Fard Vernier « vernis-colle ». Petites bouteilles de liqueur brune entêtante servant à fixer les postiches", ce qui l'amène, nous dit-il, à jouer des rôles de barbus, c'est-à-dire, pour l'enfant qu'il est alors, des rôles d'adulte.
Bien que ce soit moins évident, Cheyenne joue également un rôle, celui de l'hôtesse de l'air. Ce rôle commence avec l'interpellation de l'employée qui lui crie d'intervenir, comme on demande à un acteur d'entrer en scène. Il continue avec l'uniforme d'Air France sur lequel on insiste beaucoup et qui agit comme un costume que le narrateur-personnage cherche à enlever pour découvrir ce qu'il y a en-dessous ("J'ai tout oublié des uniformes d'Air France cette année-là, mais le soutien-gorge, sous le bouton défait, était bleu lavande."). Et ce costume, Cheyenne y tient comme s'il la protégeait, puisqu'elle "tenait de sa main droite l'espèce de beurrier bleu enfoncé sur son crâne."











